• La mutation génétique qui fait boire jusqu’à l’ivresse

    Une mutation dans un gène responsable d’une consommation excessive d'alcool, vient d’être identifiée par ces scientifiques de l’Université de Newcastle. Et, au-delà de cette découverte, sur la souris, présentée dans l’édition du 3 décembre de Nature Communications, il y a toute l’explication du mécanisme qui sous-tend cette propension. Si un mécanisme similaire était confirmé chez l’Homme ce serait une toute nouvelle voie thérapeutique qui s’ouvrirait alors.

    La mutation génétique qui fait boire jusqu’à l’ivresseL'étude montre que les souris normales ne montrent aucun intérêt dans l'alcool et boivent peu ou pas d'alcool quand on leur laisse le choix entre de l’eau et de l’alcool dilué. En revanche, des souris porteuses de cette mutation dans le gène Gabrb1 vont majoritairement choisir l'alcool et en consommer à hauteur de 85 % du total de leur apport quotidien en liquide.

     

     

    C’est un consortium de chercheurs de 5 universités britanniques, dont l'Imperial College et l'University College de Londres qui vient de faire cette découverte et s’étonne même qu'un petit changement dans le code d’un seul gène puisse avoir de tels effets sur un comportement aussi complexe que la consommation d'alcool. Le gène a-t-il une influence similaire chez les humains ? Si c’était le cas, cette découverte ouvrirait une toute nouvelle voie thérapeutique pour lutter contre l’alcoolodépendance.

    Des souris qui s’enivrent : Au départ, c’est en introduisant des mutations subtiles dans le code génétique et au hasard dans le génome de souris, testées sur leur comportement vis-à-vis de l'alcool, que les chercheurs ont pu identifier Gabrb1 et sa mutation responsable d’une telle préférence. Une seule mutation ponctuelle dans une paire de bases du gène suffit à déclencher cette préférence. A tel point, que des souris porteuses de cette mutation sont prêtes à faire des efforts pour obtenir la boisson alcoolisée, en appuyant sur un levier et peuvent même s’acharner sur de longues périodes. Elles se mettent à consommer tellement d'alcool qu’elles s'enivrent en une heure au point de ne plus pouvoir coordonner leur mouvement.

    Le récepteur GABA à nouveau impliqué : Le gène Gabrb1 code pour une composante importante du récepteur GABA dans le cerveau. La mutation du gène conduirait le récepteur à s’activer spontanément, même lorsque le déclencheur habituel de GABA n'est pas présent. Ces modifications interviennent tout particulièrement dans la zone du cerveau qui contrôle les émotions agréables et récompense, le noyau accumbens. La mutation entraîne une activité électrique spontanée du cerveau dans le noyau accumbens et plus le signal électrique augmente, plus le désir de boire augmente aussi, au point que les souris sont prêtes à « travailler » longtemps pour en obtenir. Le système GABA a déjà été impliqué dans le contrôle de la consommation d'alcool. Cette étude montre l’effet significatif de la mutation du gène Gabrb1 et révèle le mécanisme impliqué.

    De la consommation à la dépendance : Ses résultats pourraient éclairer le passage d’une simple consommation à la dépendance en cas de prédisposition génétique. L’identification d’un mécanisme similaire chez les humains permettrait d’identifier les personnes les plus à risque de développer une dépendance et de s'assurer qu'elles sont détectées et prises en charge de manière efficace.

    Source: Nature Communications Mutations in the Gabrb1 gene promote alcohol consumption through increased tonic inhibition (Visuel NIH “Neurobiology of Alchohol Dependence”)


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